mai 9th 2011
Les actionnaires se rebiffent!
Chronique écrite pour Le Monde le 7 mai 2011
Sodexho interpellé sur le respect des droits humains dans ses activités de gestion de prisons en Grande-Bretagne, Total sur l’exploitation des sables bitumineux, Air Liquide sur sa politique de développement durable….. On savait les actionnaires soucieux de préserver leur dividende. On les imaginait moins écolos ou sensibles aux « questions sociales »…L’étude intitulée « L’engagement en France et à l’étranger : exercice du droit de vote et dialogue », réalisée par l’Observatoire sur la Responsabilité Sociétale des Entreprises (ORSE), confirme pourtant la montée en puissance d’un nouveau sujet de préoccupation : la prise en compte des questions sociales et environnementales dans l’entreprise. Un nombre croissant d’investisseurs français pousse enfin les entreprises à développer une politique respectueuse de l’environnement, du social et de la gouvernance. Ces actionnaires pratiquent l’« engagement », une approche qui consiste à faire pression sur les entreprises par l’exercice du droit de vote ou par le dialogue dans le but de faire évoluer leurs pratiques. Investisseurs institutionnels, sociétés de gestion, associations d’actionnaires individuels, organisations non gouvernementales (ONG), découvrent un nouveau levier d’action pour pousser l’entreprise à élargir sa responsabilité. Si ces pratiques actionnariales sont monnaie courante aux Etats-Unis et dans les pays du Nord de l’Europe, elles étaient jusqu’ici très discrètes en France. Mais les choses bougent. Selon le baromètre réalisé par Capitalcom, 25% des entreprises du CAC 40 ont dû aborder la question de leur responsabilité sociétale et environnementale (RSE) lors de la publication des comptes annuels 2010. En France, les questions écrites des actionnaires sur la politique sociale de l’entreprise ont représenté 14% des interrogations en 2010 contre 1% en 2009, selon la société InvestorSight. De nombreuses ONG françaises préparent d’ailleurs « une démarche d’engagement avec les entreprises », affirme l’étude de l’ORSE. Et les syndicats commencent également à se pencher sur la question en France. En 2010, la CFDT a ainsi été le premier syndicat français à signer les « Principes pour un Investissement Responsable » (PRI) portés par l’ONU à travers le monde. Actionnaires, syndicats, ONG, investisseurs institutionnels… même combat ? Une chose est sûre : il n’y aura pas eu que du mauvais dans la crise financière. Elle a éveillé les consciences sur les limites d’une finance exclusivement concentrée sur la rentabilité à court terme. Changer les pratiques financières ne sera certes pas facile, mais la voie est désormais ouverte ! Yannick Roudaut