juin 17th 2009

L’occasion manquée des activistes sociétaux!

 Chronique parue dans Le Monde Argent , juin 2009

 

En matière d’assemblées générales, le millésime 2009 s’annonçait particulièrement houleux. Entre la chute des cours de Bourse en 2008, les bonus exorbitants de certains banquiers, les plans de stocks options attribués sous le manteau, les parachutes dorés parfois injustifiés…les actionnaires avaient de bonnes raisons de prendre la parole et de voter en conséquence. On attendait surtout une mobilisation particulière des fonds activistes ISR engagés dans une démarche de transparence et d’une meilleure gouvernance. Il n’en a rien été. Hormis la société de gestion Phitrust Active Investors, qui a mis sur la table la question des rémunérations des présidents non exécutifs de huit groupes du CAC 40, la mobilisation n’aura pas eu lieu en France. Dans le cas de Sanofi Aventis et de Total, Phitrust a certes réussi à mobiliser les 0,5%du capital nécessaires à l’inscription d’une résolution à l’ordre du jour, mais les administrateurs ont tout simplement refusé de soumettre les rémunérations de leurs présidents non exécutifs au vote des actionnaires. L’assemblée de Natixis a certes été houleuse, mais on reste très loin en France des pratiques activistes des pays anglo-saxons. L’Hexagone demeure un havre de paix pour les administrateurs des sociétés cotées.

Pourtant, investisseurs individuels et gérants de fonds ont leur part de responsabilité dans les dérives d’une finance qui leur a coûté en moyenne 50% de leur portefeuille en 2008. Les actionnaires du groupe pétrolier Shell en sont conscients et ont agi en conséquence. Le changement vient toujours de l’intérieur. Réunis à La Haye le 19 mai dernier, ils ont rejeté à 59,42% des votes exprimés une résolution portant sur les rémunérations, jugées trop élevées, de leurs dirigeants. Aux Etats-Unis, le président d’Exxon Mobil a encore dû cette année affronter les revendications environnementales du « clan Rockfeller » qui voudrait que la protection de l’environnement devienne une priorité du groupe. En Belgique, certains actionnaires de Fortis ont jeté chaussures, journaux et pièces de monnaies à la face de leurs administrateurs. Sans tomber dans une situation aussi extrême, les gérants français de fonds ISR, dont l’une des principales raisons d’être repose sur la volonté de mettre en place une bonne gouvernance au sein des entreprises, ont peut-être raté l’occasion de marquer leur différence par rapport à des pratiques financières focalisée sur l’unique rentabilité. Les administrateurs des groupes français peuvent dormir sur leurs deux oreilles. L’heure des comptes n’a pas encore sonné.

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décembre 5th 2008

L’Etat, enfin un investisseur responsable ?

Chronique Investir Utile écrite pour Le Monde en novembre 2008.

 

Yannick

  

La crise financière va-t-elle faire de l’Etat français un investisseur responsable ? Le 23 octobre dernier, le président de la République a réitéré sa volonté de voir naître en France une structure, dotée de fonds publiques, capable de venir en aide aux sociétés en mal de capitaux (nos banques par exemple), ou susceptible de devenir actionnaire « d’entreprises stratégiques » faisant l’objet d’une OPA hostile. Une sorte de « fonds d’intervention » français  à l’instar des fonds souverains qatari, singapourien ou chinois capables de se payer les fleurons de l’industrie occidentale. 

En Europe, la Norvège est le seul pays à bénéficier d’un tel outil d’investissement. Doté de plus de 350 milliards de dollars, ce fonds public gère l’argent du pétrole de la Mer du Nord en investissant dans les sociétés cotées du monde entier. Sa force de frappe lui permet aussi, le cas échéant de prendre des participations stratégiques dans des entreprises norvégiennes. La France peut-elle se doter d’un tel fonds ? La taille de ce puissant fonds souverain paraît bien au-dessus de nos capacités.  En revanche, sa philosophie d’investissement, elle, est dans nos moyens.

Quand il décide de prendre une participation au capital d’une entreprise, le fonds norvégien applique une règle stricte : toute décision d’investissement passe par l’évaluation de la  responsabilité environnementale de l’entreprise, la mesure de son engagement social et l’analyse de la qualité de sa gouvernance (transparence, respect des actionnaires…). Une philosophie responsable, digne d’un Etat engagé soucieux de donner du sens à ses placements sans pour autant renier ses objectifs de rentabilité.

Alors que la France s’est lancée dans le Grenelle de l’environnement, alors qu’une politique sociale volontariste (RSA, recours aux emplois aidés…) est actuellement menée, alors  que le président clame sa volonté de transparence dans l’utilisation des fonds publics par les banques, le fonds norvégien prend des allures de modèle.

L’Etat saura-t-il saisir cette occasion et créer un fonds responsable? En renflouant, sans véritables contreparties, des banques peu transparentes dans leurs pratiques, il raté la première marche. Souhaitons qu’il ne rate pas la seconde.  En obligeant les établissements bénéficiaires de fonds publics à s’engager dans une logique financière responsable, l’Etat ferait d’une pierre trois coups : il imposerait aux banques et futures « entreprises aidées » le respect des critères sociaux, environnementaux et de transparence. Il donnerait du sens à l’argent des contribuables.  Il donnerait un sérieux coup de pouce à la refonte du capitalisme. 

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septembre 29th 2008

L’Alter entreprise, une réponse à la crise financière….

L’actualité financière vient donner du poids à l’analyse selon laquelle il est plus que temps de repenser notre système économique. Non pas qu’il faille brûler le capitalisme comme certains l’appellent de leurs voeux. Non, il est temps de  proposer des solutions. Car face à l’effondrement du système bancaire, et de toute une logique basée sur la recherche de profits rapide, il n’est plus temps de tirer sur l’ambulance. L’heure est venue de réfléchir avec tous les acteurs concernés aux solutions qui permettraient de bâtir un nouveau modèle économique.  Le véritable changement viendra non pas du politique, mais de l’entreprise. J’en suis intimement convaincu. De nombreux dirigeants ont déjà adopté ces dernières années un comportement plus responsable, et leurs efforts paient: Léa Nature, Armor, Botanica…sont autant de PME qui ouvrent la voix à une nouvelle forme d’organisation basée sur le respect de l’environnement, du client et du collaborateur. Des entreprises qui ne se contentent pas du greenwashing, mais des entreprises qui agissent dans une logique de développement durable par conviction.  En écrivant ce livre, fin 2007-début 2008, je ne pensais pas que la crise financière prendrait une telle allure. Aujourd’hui, ce n’est plus le système financier qui doit être repensé, c’est notre conception occidentale du capitalisme. L’Alter Entreprise est une brique de cet édifice. L’essor de l’épargne responsable et solidaire en est une autre. Souhaitons qu’un grand nombre de financiers et de dirigeants d’entreprises en prennent conscience. Il est urgent de proposer des pistes de réflexion. Pour redonner de l’espoir. Pour redonner du sens à l’économie.  Yannick

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septembre 29th 2008

Un Bonus pour l’épargne responsable?

Bonjour, voici une réflexion récente, dont l’aboutissement a fait l’objet d’une chronique dans Le Monde Argent du 22 septembre.

 Yannick Roudaut 

 

A quand un bonus pour la  finance responsable? Au regard de la pluie de bonus-malus qui s’est abattue sur la France ces dernières semaines, la question devient incontournable. Inciter les ménages à arbitrer en faveur biens plus éco-responsables est sans doute une bonne chose. Les inviter à orienter leur épargne vers des placements plus respectueux des questions sociétales, serait judicieux. Car le véritable levier de changement de modèle économique (tenant compte de la contrainte environnementale) ne se résume pas uniquement à des pratiques de consommation plus responsables. Il s’agit aussi de redonner du sens à nos placements, de réorienter le carburant de notre système économique. On est malheureusement encore loin d’une politique volontariste en la matière. Pis, l’épargnant moyen vient de prendre un sérieux « coup de malus » sur la tête. En pleine déconfiture boursière, la veuve de Carpentras a appris qu’une nouvelle taxe 1,1% pourrait prochainement s’appliquer à ses revenus du patrimoine. Une mesure qui tranche avec le principe équitable de bonus-malus issu du Grenelle de l’environnement

Pourquoi ne pas opposer au « malus RSA » un « bonus Investissement Utile» ? Face à un modèle économique et financier à bout de souffle, favoriser cette forme d’épargne, ou tout au moins l’exonérer de malus, permettrait de franchir une nouvelle étape dans la redéfinition des contours de notre modèle économique. Récompenser ceux qui décident d’adresser leurs économies vers des entreprises ou des secteurs sociaux respectueux de l’homme et de l’environnement, suciterait sans aucun doute de nouvelles vocations d’investisseurs utiles. 

Prenons l’exemple de l’Epargne Solidaire : si l’on  excluait du « malus RSA » les investissements impliqués dans ce type de placements, c’est au final l’insertion des personnes en difficulté qui serait favorisée et à terme, l’efficacité du RSA qui en serait accrue.  Chaque année, l’économie solidaire, financée en partie par l‘épargne recueillie au sein des livrets et fonds d’investissement solidaires, créée des milliers d’emplois adaptés à des personnes sorties des réseaux d’aide classiques. En 2007, 300.000 épargnants ont ainsi contribué à créer ou à maintenir 25.000 emplois solidaires. Un petit coup de pouce sous forme de bonus, ou d’exemption de taxe RSA, permettrait de convaincre une petite partie des 9,7 millions d’investisseurs français restants , à épargner utile. En instaurant un bonus pour la finance responsable, qui récompenserait les souscripteurs de fonds ISR ou solidaires, c’est toutes l’économie qui s’en porterait mieux. C’est la contrainte environnementale qui serait mieux intégrée par l’entreprise et par la sphère financière. C’est le principe d’équité qui serait respecté. 

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avril 7th 2008

De l’activisme actionnarial…

Les investisseurs à la recherche de sens dans leurs placements sont de plus en plus nombreux. Ils se tournent naturellement vers les fonds ISR, les fonds dit “développement durable”, les fonds solidaires (qui permettent de financer l’économie solidaire) ou encore vers les fonds d’exclusion. Ces derniers, très répandus aux Etats-Unis, sont des fonds (équivalent de nos Sicav et FCP) qui bannissent des pans entiers de la cote de leur champs d’investissement: le sexe, l’alcool, le tabac, l’armement, la chimie et le pétrole, sont généralement  exclus par ces “gérants éthiques”.

Cette question de l’exclusion pose néanmoins la question de notre capacité à peser sur les décisions stratégiques d’une entreprise. Alors que le débat sur les OGM divise nos députés à l’Assemblée Nationale, alors qu’il divise  les citoyens du monde entier, nous sommes en droit de nous interroger sur le rôle de la finance et donc des investisseurs dans ce débat. Les “investisseurs anti-OGM” doivent-ils exclure l’action Monsanto de leur liste de valeurs éligibles à leur fonds, ou doivent-ils au contraire l’inscrire en tête de liste, comme cible prioritaire dans le cas d’un activisme boursier?

Le meilleur moyen de peser dans le débat, de faire évoluer la position d’une entreprise, aussi puissante soit-elle, est-il de s’opposer à elle en l’excluant, en la montrant du doigt? Ou faut-il au contraire continuer à dénoncer certaines pratiques en se dotant d’une arme redoutable: le droit de votre inhérent à la qualité d’actionnaire ? La question commence à faire débat. Amnesty US a déjà tranché. D’autres investisseurs plus institutionnels pourraient lui emboîter le pas. Compte tenu de la nouvelle contrainte environnementale, l’activisme sociétale va inévitablement prendre son envol.

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février 1st 2008

De l’investissement éthique….

Bonjour,

 Le livre l’Alter Entreprise est en vente depuis le 19 mars dans les  librairies et sur le site de Dunod. Pour ceux qui veulent découvrir une partie du contenu, je les invite à lire l’introduction dans la page “le livre”.

Pour les autres, je leur propose un petit extrait d’un article récent sur le thème de l’Investissement Utile….

 

A très bientôt,

Yannick

 

Extrait d’un article du Monde

Yannick Roudaut

Désormais tournée aussi bien vers les questions morales, environnementales, sociales et de gouvernance d’entreprise, la gestion ISR offre un éventail d’investissement très large. Certains fonds privilégient les énergies renouvelables, d’autres les conditions de travail, tandis que certains privilégient la protection des espèces animales comme le Living Planet Fund lancé par les banques UBS et Sarasin & Cie, en collaboration avec l’organisation non gouvernementale WWF. Malgré cette diversité de l’offre, la diffusion des fonds ISR et des placements solidaires est encore très limitée auprès du public. Serait-ce un problème de performance financière ? « Les dernières études académiques et les travaux menés par les groupes de travail des Nations Unies (UNEPFI) ont apporté une réponse claire. Il n’y a pas de sous performance due à l’approche ISR. C’est la qualité des gérants qui fait la différence » répond Gaetan Heninckx. « Chez Meeschaert, nous prenons le pari que le respect de ces critères extra-financiers est un gage de performance dans la durée » ajoute Laurence Loubières. Malgré les idées reçues, ISR n’est pas synonyme de mauvaise performance, de même que l’épargne solidaire n’est pas un investissement à fonds perdus : « il est vrai que les investisseurs qui s’orientent vers l’épargne solidaire sont avant tout préoccupés par l’utilité sociale de leur placement, mais ils sont aussi en attente d’une rentabilité correcte. Il ne s’agit pas d’un don. On ne perd pas d’argent avec les placements solidaires ! » martèle François de Witt, président de Finansol, le collectif regroupant les acteurs de l’épargne solidaire.

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