Archive for décembre, 2009

décembre 22nd 2009

La relance par les fourmis

La deuxième semaine nationale de l’Epargne Solidaire se déroule de 4 au 11 novembre. C’est l’occasion pour ses organisateurs de sensibiliser le grand public à une autre finance et aussi  de poser la question fondamentale de l’utilisation de notre épargne…

En effet, un an après la faillite de Lehman Brothers, les choses n’ont pas changé. Les bas de laine des français continuent d’alimenter majoritairement les fonds composés des plus grandes entreprises mondiales (CAC 40, Euro Stoxx 50…), lesquelles ne sont pas forcément les plus créatrices d’emplois dans le contexte actuel. La PME dans tout ça, ne récolte que quelques miettes.

Les choses peuvent-elles changer ? On peut l’espérer. A compter du 1er janvier prochain, conformément à la Loi de Modernisation Economique,  toute entreprise qui mettra en place un plan épargne entreprise (PEE) ou un plan épargne interentreprises (PEI) devra proposer à ses salariés au moins un fonds d’épargne solidaire dans le catalogue des placements  disponibles. Une petite révolution qui pourrait permettre à l’Epargne Salariale Solidaire de prendre son envol l’an prochain. Car avec seulement 0,55 milliards d’euros collectés sur plus de 76 milliards d’euros d’épargne salariale en France, les fonds solidaires sont le parent pauvre de la finance. Sur le plan social, l’enjeu est de taille : l’Epargne Solidaire a permis de maintenir ou de créer 20.000 emplois l’an dernier et de loger 1.500 familles. En incitant les salariés à réorienter une partie de leur épargne vers ce secteur, l’Etat participe à la relance de l’emploi auprès des plus démunis. Bravo !

L’Etat a cependant encore une fois joué « petit bras »… il pourrait encore élargir les incitations à épargner différemment. Plûtot que d’inciter les salariés à débloquer leur participation pour consommer, incitons les à épargner de manière productive ! Les français sont des fourmis et non des cigales, autant en faire des fourmis créatrices d’emplois. A l’image des fonds solidaires, l’Etat pourrait obliger les entreprises à proposer à leurs collaborateurs lors de la mise en place d’un PEE au moins un fonds d’investissement dédiées aux petites et moyennes entreprises. Sur 76 milliards de collecte, il y a de quoi faire….  Oui, mais pour cela, il faudrait que les banques modifient leur offre dédiée à l’épargne salariale. Il faudrait qu’elles acceptent de faire preuve de transparence dans l’utilisation des fonds collectés auprès des salariés…tout un programme. 

 

Chronique publiée dans Le Monde Argent-Novembre 2009 

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décembre 17th 2009

Attention au krach Carbone!

Copenhague ne sera peut-être pas le sommet de « l’échec climatique ». Il pourrait même être celui du couronnement de la « finance carbone ». Car au-delà de l’hypothétique engagement des Etats à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES), se pose la question du financement de ces objectifs….  Qui va payer les investissements nécessaires à la baisse des émissions de GES? Les Etats occidentaux ? Ils comptent leurs derniers sous pour ficeler des plans de relance économique. Les contribuables ? L’idée d’une généralisation de la taxe carbone à l’ensemble des pays les plus pollueurs a été caressée, mais sa mise en œuvre s’avère politiquement difficile. Reste une solution peu coûteuse : le développement de la « finance carbone »  appelée Cap & Trade en anglais.

Le principe est simple. Depuis 2005, l’Europe a mis sur pied un marché des droits d’émissions de CO2, baptisés aussi « droits à polluer » par ses détracteurs. Les Etats européens définissent un objectif annuel d’émissions de GES dans l’atmosphère. A charge aux pays de négocier ensuite la répartition de ces quotas d’emission par pays. Il sont exprimés en tonne de CO2 et sont ensuite alloués aux entreprises les plus émettrices d’Europe (environ 12.000). Une entreprise qui n’utilise pas tout son quota en raison d’investissements permettant de réduire les émissions, peut revendre les excédents à une entreprise qui en a besoin. Cette vente la dédommage en partie de ses efforts vertueux. Les quotas se négocient en Bourse (sur Blue Next ou ECX par exemple), à la tonne, au prix de 13 euros ces derniers jours. Parallèlement à ces quotas d’émission, les entreprises des pays industrialisées sont invitées à investir dans des « projets propres » développés par les pays en développement. C’est le Mécanisme pour un Développement Propre (MDP). En finançant de tels projets, l’entreprise polluante reçoit des crédits carbone, eux aussi négociables en Bourse. Le système est simple. Et il a le mérite de ne rien coûter au contribuable. Les américains peaufinent d’ailleurs leur propre marché du carbone…

Cette mondialisation progressive de la finance carbone pose néanmoins de nombreuses questions. Quelle est la valeur réelle d’un crédit carbone obtenu pour une ferme éolienne amazonienne qui ne verra finalement pas le jour ? Les produits dérivés sur les crédits carbone n’ouvrent-ils pas la voix à un subprime vert ?  Quel sera l’intérêt d’une entreprise à devenir plus propre, si le prix du « droit à polluer » s’effondre de 30 à 10 euros comme ce fut le cas en Europe en février dernier? La coexistence de différentes bourses d’échange (Europe, Etats-Unis, Asie…) ne risque –t-elle pas d’inciter les arbitrages financiers entres marchés ? …

Embryonnaire en 2009, la finance carbone pourrait représenter plus de 500 milliards de dollars d’ici 2020. Une régulation mondiale de ce marché est souhaitable avant que les enjeux financiers ne l’empêchent. Comme pour le réchauffement climatique, le temps presse. A Londres, les premiers fonds spéculatifs spécialisés sont déjà sur le pied de guerre.

Chronique écrite pour Le Monde

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