Archive for février, 2010

février 8th 2010

Banks contre Banques

Chronique publiée dans Le Monde du 6 janvier 2010.

Sale temps pour les banquiers ! Après avoir remboursé les prêts accordés par les Etats, ils se croyaient sortis d’affaire. D’autant que les marchés financiers avaient plutôt été cléments ces derniers mois… « business as usual », disent les anglo-saxons.

C’était sans compter sur la pugnacité d’une poignée de dirigeants politiques, à commencer par Barack Obama et Nicolas Sarkozy. Taxes, réglementation, éventuelle scission des activités…sont désormais brandis comme une menace si nos banques ne se résignent pas à changer de cap :  réduire la voilure en matière de spéculation et à donner du mou à l’économie réelle en facilitant l’accès au crédit. En toile de fonds de ces déclarations politiques, la vraie questions posée est celui du  rôle d’une banque. Doit-elle poursuivre une course effrénée à la taille critique et au profit? Doit-elle au contraire se contenter d’une croissance moins spectaculaire et de profits  moins juteux pour se concentrer sur l’économie réelle ? 

La réponse est évidente mais relève de plus en plus de l’utopie au regard des enjeux financiers de la planète Finance.

Et pourtant, certaines enseignent réussissent à se développer en marge de la spéculation et de la course au leadership mondial. La Banque Triodos fait partie de ces banques dont nos dirigeants politiques feraient bien de s’inspirer pour « réinventer le capitalisme financier ». Créée en 1980 aux Pays-Bas, Triodos fait figure de lilliputien. Elle compte un peu plus de  200.000 clients contre plusieurs dizaines de millions pour les grandes enseignes européennes et américaines. Son credo : « l’argent permet d’entamer des changements durables et positifs ». Sa politique d’octroi de crédit est claire : « La Banque Triodos adopte une approche délibérément positive vis-à-vis du secteur financier et prête uniquement aux organisations qui contribuent à l’édification d’une société plus durable. L’armement, les substances nocives pour l’environnement,  l’énergie nucléaire, ,le jeux, l’élevage animalier intensif,…sont bannis par la petite banque. Ses clients ont ainsi l’assurance que leur épargne ne cautionnera pas des entreprises ou des activités qu’ils dénoncent.  La banque soutient des projets économiques et des initiatives culturelles utiles à la collectivité, en toute transparence pour ses clients et dans un grand souci de cohérence. Finalement, Triodos fait simplement son métier de banquier en renonçant à devenir un banker.

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février 5th 2010

L’ISR à l’épreuve du pétrole norvégien

Chronique publiée dans Le Monde, janvier 2010

Yannick Roudaut

 Sanctuaire du dernier grand stock de la planète de morues, les eaux des îles Lofoten et Vesterälen, situées en Norvège, attisent les convoitises. Les eaux de cette région polaire regorgent non seulement de poissons mais surtout d’or noir…

Face à l’épuisement des gisements actuels de la Mer du Nord, l’industrie pétrolière milite auprès du nouveau gouvernement norvégien pour l’ouverture de nouveaux sites d’exploitation dans ces eaux encore préservées. L’argument économique est imparable : la Norvège, qui bénéficie de sa rente pétrolière, doit autoriser les compagnies à forer dans ces contrées naturelles. L’argument écologique l’est tout autant : ces eaux sont la dernière zone de reproduction planétaire de la morue ; la Norvège doit les préserver et consacrer ses efforts d’investissement aux énergies nouvelles. Deux modèles économiques s’affrontent…

Seul pays d’Europe à détenir un fonds de pension  (dont les ressources financières proviennent du pétrole), géré en respect des questions environnementales, sociales et de bonne gouvernance, la Norvège est face à un dilemme.  Le pays doit-il sacrifier sa politique d’investissement socialement responsable au profit d’une nouvelle manne pétrolière ? La question est d’autant plus sensible que les gérants de ce fonds d’investissement norvégien de plus de 350 milliards d’euros, ne se privent pas de montrer régulièrement du doigt des Rio Tinto, Wal Mart et autres compagnies internationales ne respectant pas suffisamment l’écologie, le social ou les questions de gouvernance ! Très médiatisé, le fonds norvégien, le fonds souverain le plus puissant au monde après Abu Dhabi, est un modèle de gestion pour de nombreux fonds publics et pour tous les financiers qui tentent de prouver que gestion « plus éthique » est possible. Entre les décisions politiques du gouvernement norvégien et les investissements  de ce fonds, une certaine cohérence devrait donc s’imposer. A moins que la Norvège souhaite rejoindre le club des « faites ce que je dis, mais ne faites pas ce que je fais », auquel cas l’image de la finance socialement responsable serait sérieusement égratignée à travers le monde. 

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