décembre 17th 2009 05:46

Attention au krach Carbone!

Copenhague ne sera peut-être pas le sommet de « l’échec climatique ». Il pourrait même être celui du couronnement de la « finance carbone ». Car au-delà de l’hypothétique engagement des Etats à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES), se pose la question du financement de ces objectifs….  Qui va payer les investissements nécessaires à la baisse des émissions de GES? Les Etats occidentaux ? Ils comptent leurs derniers sous pour ficeler des plans de relance économique. Les contribuables ? L’idée d’une généralisation de la taxe carbone à l’ensemble des pays les plus pollueurs a été caressée, mais sa mise en œuvre s’avère politiquement difficile. Reste une solution peu coûteuse : le développement de la « finance carbone »  appelée Cap & Trade en anglais.

Le principe est simple. Depuis 2005, l’Europe a mis sur pied un marché des droits d’émissions de CO2, baptisés aussi « droits à polluer » par ses détracteurs. Les Etats européens définissent un objectif annuel d’émissions de GES dans l’atmosphère. A charge aux pays de négocier ensuite la répartition de ces quotas d’emission par pays. Il sont exprimés en tonne de CO2 et sont ensuite alloués aux entreprises les plus émettrices d’Europe (environ 12.000). Une entreprise qui n’utilise pas tout son quota en raison d’investissements permettant de réduire les émissions, peut revendre les excédents à une entreprise qui en a besoin. Cette vente la dédommage en partie de ses efforts vertueux. Les quotas se négocient en Bourse (sur Blue Next ou ECX par exemple), à la tonne, au prix de 13 euros ces derniers jours. Parallèlement à ces quotas d’émission, les entreprises des pays industrialisées sont invitées à investir dans des « projets propres » développés par les pays en développement. C’est le Mécanisme pour un Développement Propre (MDP). En finançant de tels projets, l’entreprise polluante reçoit des crédits carbone, eux aussi négociables en Bourse. Le système est simple. Et il a le mérite de ne rien coûter au contribuable. Les américains peaufinent d’ailleurs leur propre marché du carbone…

Cette mondialisation progressive de la finance carbone pose néanmoins de nombreuses questions. Quelle est la valeur réelle d’un crédit carbone obtenu pour une ferme éolienne amazonienne qui ne verra finalement pas le jour ? Les produits dérivés sur les crédits carbone n’ouvrent-ils pas la voix à un subprime vert ?  Quel sera l’intérêt d’une entreprise à devenir plus propre, si le prix du « droit à polluer » s’effondre de 30 à 10 euros comme ce fut le cas en Europe en février dernier? La coexistence de différentes bourses d’échange (Europe, Etats-Unis, Asie…) ne risque –t-elle pas d’inciter les arbitrages financiers entres marchés ? …

Embryonnaire en 2009, la finance carbone pourrait représenter plus de 500 milliards de dollars d’ici 2020. Une régulation mondiale de ce marché est souhaitable avant que les enjeux financiers ne l’empêchent. Comme pour le réchauffement climatique, le temps presse. A Londres, les premiers fonds spéculatifs spécialisés sont déjà sur le pied de guerre.

Chronique écrite pour Le Monde

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