février 5th 2010 09:32
L’ISR à l’épreuve du pétrole norvégien
Chronique publiée dans Le Monde, janvier 2010
Yannick Roudaut
Sanctuaire du dernier grand stock de la planète de morues, les eaux des îles Lofoten et Vesterälen, situées en Norvège, attisent les convoitises. Les eaux de cette région polaire regorgent non seulement de poissons mais surtout d’or noir…
Face à l’épuisement des gisements actuels de la Mer du Nord, l’industrie pétrolière milite auprès du nouveau gouvernement norvégien pour l’ouverture de nouveaux sites d’exploitation dans ces eaux encore préservées. L’argument économique est imparable : la Norvège, qui bénéficie de sa rente pétrolière, doit autoriser les compagnies à forer dans ces contrées naturelles. L’argument écologique l’est tout autant : ces eaux sont la dernière zone de reproduction planétaire de la morue ; la Norvège doit les préserver et consacrer ses efforts d’investissement aux énergies nouvelles. Deux modèles économiques s’affrontent…
Seul pays d’Europe à détenir un fonds de pension (dont les ressources financières proviennent du pétrole), géré en respect des questions environnementales, sociales et de bonne gouvernance, la Norvège est face à un dilemme. Le pays doit-il sacrifier sa politique d’investissement socialement responsable au profit d’une nouvelle manne pétrolière ? La question est d’autant plus sensible que les gérants de ce fonds d’investissement norvégien de plus de 350 milliards d’euros, ne se privent pas de montrer régulièrement du doigt des Rio Tinto, Wal Mart et autres compagnies internationales ne respectant pas suffisamment l’écologie, le social ou les questions de gouvernance ! Très médiatisé, le fonds norvégien, le fonds souverain le plus puissant au monde après Abu Dhabi, est un modèle de gestion pour de nombreux fonds publics et pour tous les financiers qui tentent de prouver que gestion « plus éthique » est possible. Entre les décisions politiques du gouvernement norvégien et les investissements de ce fonds, une certaine cohérence devrait donc s’imposer. A moins que la Norvège souhaite rejoindre le club des « faites ce que je dis, mais ne faites pas ce que je fais », auquel cas l’image de la finance socialement responsable serait sérieusement égratignée à travers le monde.
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